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Un beau jour, ou peut-être une nuit, Audrey a fait son baluchon et quitté Montluçon, bien décidée à conquérir Paris... Quelque temps et quelques films plus tard, la Tautou faisait une entrée réussie dans la cour des grandes. En février 2000, césar au poing, elle souriait aux rangées de photographes qui la mitraillaient, et lançait un énigmatique «Je le dédie à mon ange gardien » devant un parterre de professionnels de la profession, toujours ravis, pour des motivations diverses, de voir naître une étoile. Bébé canard dans la mare aux requins... Audrey, qui fêtera bientôt ses 22 printemps, est encore tout étonnée de ce précipité d'événements qui a chamboulé sa vie en un temps record. «J'hésitais à m'engager dans des études de lettres modernes ou à suivre une orientation plus scientifique, sans oser avouer ma passion pour tout ce qui touche au spectacle. II n'y a pas d'artiste dans la famille. Mes grands-parents étaient paysans, mon père est dentiste, et ma mère travaille dans une association qui lutte contre l'illettrisme. En province, mes seules évasions étaient de monter des petits spectacles au cours de théâtre du lycée, ou de souffler dans mon hautbois pour aller jouer du Haendel dans un orchestre de chambre auvergnat!» A Paris, Audrey se donne totalement à sa passion : «Je m'étais juré de lire une pièce de théâtre par jour pendant un an, la promesse ne fut pas tout à fait tenue, mais j'ai découvert des auteurs contemporains que j'aime énormément: Grumberg, Durringer, Koltès... Chez les Anglo-Saxons, ma préférence va à Tennessee Williams.» Au cours Florent, elle rode son talent en se confrontant aux jeunes premières du répertoire: Le Dénouement imprévu, de Marivaux, Agnès, dans L'École des femmes, Alarica, dans Le mal court, d'Audiberti. «Des jeunes premières un peu nunuches, mais qui ont une petite folie intéressante. Dans Le mal court, Alarica joue tout de même à la nymphomane pour effrayer le roi qui veut l'épouser!» La flamme de ses yeux noirs, le charme espiègle de sa frimousse piquée d'une bouche en c½ur retiennent l'attention des directeurs de casting. Sa première chance, un essai pour un rôle dans Vénus Beauté (le film aux quatre césars), a failli tourner au rendez-vous manqué. « Elle est arrivée, a fait une gaffe, a rougi... Puis, en cinq minutes, elle m'a donné l'essentiel du personnage, une petite jeune fille qui voudrait être une dame», se souvient Tonie Marshall. « Je suis arrivée complètement paniquée au rendez-vous, avec quarante minutes de retard! Je m'étais perdue en sortant du métro. Le directeur de casting m'a disputée, je me suis mise à pleurer, ce qui n'est pas du tout dans mon tempérament, mais ça a amusé ou attendri Tonie.» Depuis, Audrey Tautou fait son chemin à son rythme, alternant petits et premiers rôles (cinq films depuis Vénus Beauté: Epouse-moi, de Hariett Marin, Voyous voyelles, de Serge Meynard, Dieu est grand, je suis toute petite, de Pascale Bailly, Le Libertin, de Gabriel Aghion, Le Battement d'ailes du papillon, de Laurent Firode), marquant chacune de ses compositions de sa présence unique: un petit air innocent, un zeste de douceur pouvant masquer une détermination farouche. Vincent Perez, son partenaire dans Epouse-moi, est sous le charme: « Audrey est une comédienne qui maîtrise déjà très bien son métier. Elle construit ses scènes, c'est une vraie actrice.» Audrey a de nouveau croisé Vincent dans Le Libertin, et «ne garde pas un souvenir impérissable de ce tournage», dit-elle avec une pointe de tristesse, son rôle ayant été réduit à une peau de chagrin. Les médias ont rendu compte de la vulgarité avec laquelle le réalisateur de Pédale douce et de Belle Maman a alourdi le libertinage éclairé de Diderot. Le film, qui s'affichait avec le slogan «une comédie sans costume», a pris une bonne déculottée. Par contre, Audrey pétille d'enthousiasme en évoquant Le Battement d'ailes du papillon, un film romantique et bradzingue construit sur la théorie du chaos, c'est-à-dire le souffle léger d'un simple battement d'ailes de papillon dans l'Atlantique qui peut provoquer un ouragan dans le Pacifique. Dans le film, un garçon et une fille se croisent, échangent un regard, se perdent, et finissent par se retrouver après une série d'événements farfelus.
Pour l'instant, Audrey est plongée dans le tournage d'Amélie. Décrocher le rôle principal du nouveau film du réalisateur de Delicatessen et d'Alien IV, elles étaient nombreuses à en rêver... «Jean-Pierre Jeunet avait vu Vénus Beauté. Il m'a donné le scénario à lire, c'était tellement beau que je n'ai pas dormi pendant deux nuits, je l'ai lu, relu! Cette histoire est un conte: Amélie, une fille solitaire, introvertie, rêve pour se distraire de sa triste vie. Elle s'imagine être un des personnages du film qu'elle regarde à la télé, ou une des invitées d'un débat. Elle s'invente un personnage de petite fée qui s'immisce dans la vie de gens un peu malheureux comme elle. Elle leur apporte un brin de fantaisie, elle repeint leur vie en rose! C'est un être qui vit dans l'imaginaire, un peu comme Julie, dans Delicatessen». Pour le rôle d'Amélie, Audrey a troqué ses cheveux longs pour une coiffure courte, graphique, avec une minifrange qui encadre son regard mutin. « On a fait plusieurs essais, Jeunet voulait voir si j'étais capable de composer une personnalité autre, de donner une dimension poétique au personnage, une distance, d'aller au-delà du réalisme quotidien, sans faire dans la performance. II reproche aux jeunes acteurs d'être trop eux-mêmes. Son univers et ses personnages sont si atypiques.» Pas trop le trac d'avoir un film si lourd sur de si frêles épaules? « Oui, bien sûr, je me demande souvent si je mérite cette chance!»
Humble, à l'antipode des starlettes teufardes, Audrey reste en réserve des mondanités, méfiante de la fugacité des coups de c½ur médiatiques. Elle rêve de lendemains enchanteurs, tout en gardant les pieds sur terre. «J'aimerais rencontrer de belles personnes. Tourner avec Leconte, Blier... J'adorerais faire du théâtre. Jouer Ysé, dans Partage de midi, de Claudel, ah! la scène sur le pont... Mais plus tard! Et Juliette, évidemment. Mes craintes? Souvent, les jeunes actrices repartent aussi vite qu'elles sont arrivées. Les gens du métier, le public aiment la découverte, ça les excite. Durer, c'est difficile... Je n'ai pas de stratégie de vie professionnelle, ni privée. Je réagis avec l'affectif. Je suis toujours proche des gens que j'aime et qui m'aiment. Sinon, j'ai tendance à rester sur mes gardes, il y a tellement de médisances dans ce métier, c'est totalement nouveau pour moi, ça me fait peur! Quelqu'un vous dit quelque chose, et la même personne, très sûre de son fait, vous dit le contraire trois jours plus tard. II faut admettre que les gens puissent vous juger injustement et qu'ils aient un avis qui ne soit pas bienveillant. Accepter, cela a vraiment été, pour moi, une barrière à franchir. Au début, je ne m'en rendais pas compte, tout allait bien, mais durant une période j'ai été prise d'une grosse angoisse... avant de passer la barrière justement, car soit on la passe, soit on fait demi-tour pour rentrer chez soi. Finalement, je me suis dit que j'avais beaucoup de chance, il ne faut pas être ingrat avec la vie. C'est sans doute le prix à payer! Je me suis souvenue de cette phrase d'Oscar Wilde, que j'aime bien, même si elle est extrêmement misogyne: "Une femme moderne trouve un nouveau scandale aussi charmant qu'un nouveau chapeau et aère les deux au parc tous les après-midi." Elle convient assez bien aux médisants du métier, non?»
Un beau jour, ou peut-être une nuit, Audrey a fait son baluchon et quitté Montluçon, bien décidée à conquérir Paris... Quelque temps et quelques films plus tard, la Tautou faisait une entrée réussie dans la cour des grandes. En février 2000, césar au poing, elle souriait aux rangées de photographes qui la mitraillaient, et lançait un énigmatique «Je le dédie à mon ange gardien » devant un parterre de professionnels de la profession, toujours ravis, pour des motivations diverses, de voir naître une étoile. Bébé canard dans la mare aux requins... Audrey, qui fêtera bientôt ses 22 printemps, est encore tout étonnée de ce précipité d'événements qui a chamboulé sa vie en un temps record. «J'hésitais à m'engager dans des études de lettres modernes ou à suivre une orientation plus scientifique, sans oser avouer ma passion pour tout ce qui touche au spectacle. II n'y a pas d'artiste dans la famille. Mes grands-parents étaient paysans, mon père est dentiste, et ma mère travaille dans une association qui lutte contre l'illettrisme. En province, mes seules évasions étaient de monter des petits spectacles au cours de théâtre du lycée, ou de souffler dans mon hautbois pour aller jouer du Haendel dans un orchestre de chambre auvergnat!» A Paris, Audrey se donne totalement à sa passion : «Je m'étais juré de lire une pièce de théâtre par jour pendant un an, la promesse ne fut pas tout à fait tenue, mais j'ai découvert des auteurs contemporains que j'aime énormément: Grumberg, Durringer, Koltès... Chez les Anglo-Saxons, ma préférence va à Tennessee Williams.» Au cours Florent, elle rode son talent en se confrontant aux jeunes premières du répertoire: Le Dénouement imprévu, de Marivaux, Agnès, dans L'École des femmes, Alarica, dans Le mal court, d'Audiberti. «Des jeunes premières un peu nunuches, mais qui ont une petite folie intéressante. Dans Le mal court, Alarica joue tout de même à la nymphomane pour effrayer le roi qui veut l'épouser!» La flamme de ses yeux noirs, le charme espiègle de sa frimousse piquée d'une bouche en c½ur retiennent l'attention des directeurs de casting. Sa première chance, un essai pour un rôle dans Vénus Beauté (le film aux quatre césars), a failli tourner au rendez-vous manqué. « Elle est arrivée, a fait une gaffe, a rougi... Puis, en cinq minutes, elle m'a donné l'essentiel du personnage, une petite jeune fille qui voudrait être une dame», se souvient Tonie Marshall. « Je suis arrivée complètement paniquée au rendez-vous, avec quarante minutes de retard! Je m'étais perdue en sortant du métro. Le directeur de casting m'a disputée, je me suis mise à pleurer, ce qui n'est pas du tout dans mon tempérament, mais ça a amusé ou attendri Tonie.» Depuis, Audrey Tautou fait son chemin à son rythme, alternant petits et premiers rôles (cinq films depuis Vénus Beauté: Epouse-moi, de Hariett Marin, Voyous voyelles, de Serge Meynard, Dieu est grand, je suis toute petite, de Pascale Bailly, Le Libertin, de Gabriel Aghion, Le Battement d'ailes du papillon, de Laurent Firode), marquant chacune de ses compositions de sa présence unique: un petit air innocent, un zeste de douceur pouvant masquer une détermination farouche. Vincent Perez, son partenaire dans Epouse-moi, est sous le charme: « Audrey est une comédienne qui maîtrise déjà très bien son métier. Elle construit ses scènes, c'est une vraie actrice.» Audrey a de nouveau croisé Vincent dans Le Libertin, et «ne garde pas un souvenir impérissable de ce tournage», dit-elle avec une pointe de tristesse, son rôle ayant été réduit à une peau de chagrin. Les médias ont rendu compte de la vulgarité avec laquelle le réalisateur de Pédale douce et de Belle Maman a alourdi le libertinage éclairé de Diderot. Le film, qui s'affichait avec le slogan «une comédie sans costume», a pris une bonne déculottée. Par contre, Audrey pétille d'enthousiasme en évoquant Le Battement d'ailes du papillon, un film romantique et bradzingue construit sur la théorie du chaos, c'est-à-dire le souffle léger d'un simple battement d'ailes de papillon dans l'Atlantique qui peut provoquer un ouragan dans le Pacifique. Dans le film, un garçon et une fille se croisent, échangent un regard, se perdent, et finissent par se retrouver après une série d'événements farfelus.
Pour l'instant, Audrey est plongée dans le tournage d'Amélie. Décrocher le rôle principal du nouveau film du réalisateur de Delicatessen et d'Alien IV, elles étaient nombreuses à en rêver... «Jean-Pierre Jeunet avait vu Vénus Beauté. Il m'a donné le scénario à lire, c'était tellement beau que je n'ai pas dormi pendant deux nuits, je l'ai lu, relu! Cette histoire est un conte: Amélie, une fille solitaire, introvertie, rêve pour se distraire de sa triste vie. Elle s'imagine être un des personnages du film qu'elle regarde à la télé, ou une des invitées d'un débat. Elle s'invente un personnage de petite fée qui s'immisce dans la vie de gens un peu malheureux comme elle. Elle leur apporte un brin de fantaisie, elle repeint leur vie en rose! C'est un être qui vit dans l'imaginaire, un peu comme Julie, dans Delicatessen». Pour le rôle d'Amélie, Audrey a troqué ses cheveux longs pour une coiffure courte, graphique, avec une minifrange qui encadre son regard mutin. « On a fait plusieurs essais, Jeunet voulait voir si j'étais capable de composer une personnalité autre, de donner une dimension poétique au personnage, une distance, d'aller au-delà du réalisme quotidien, sans faire dans la performance. II reproche aux jeunes acteurs d'être trop eux-mêmes. Son univers et ses personnages sont si atypiques.» Pas trop le trac d'avoir un film si lourd sur de si frêles épaules? « Oui, bien sûr, je me demande souvent si je mérite cette chance!»
Humble, à l'antipode des starlettes teufardes, Audrey reste en réserve des mondanités, méfiante de la fugacité des coups de c½ur médiatiques. Elle rêve de lendemains enchanteurs, tout en gardant les pieds sur terre. «J'aimerais rencontrer de belles personnes. Tourner avec Leconte, Blier... J'adorerais faire du théâtre. Jouer Ysé, dans Partage de midi, de Claudel, ah! la scène sur le pont... Mais plus tard! Et Juliette, évidemment. Mes craintes? Souvent, les jeunes actrices repartent aussi vite qu'elles sont arrivées. Les gens du métier, le public aiment la découverte, ça les excite. Durer, c'est difficile... Je n'ai pas de stratégie de vie professionnelle, ni privée. Je réagis avec l'affectif. Je suis toujours proche des gens que j'aime et qui m'aiment. Sinon, j'ai tendance à rester sur mes gardes, il y a tellement de médisances dans ce métier, c'est totalement nouveau pour moi, ça me fait peur! Quelqu'un vous dit quelque chose, et la même personne, très sûre de son fait, vous dit le contraire trois jours plus tard. II faut admettre que les gens puissent vous juger injustement et qu'ils aient un avis qui ne soit pas bienveillant. Accepter, cela a vraiment été, pour moi, une barrière à franchir. Au début, je ne m'en rendais pas compte, tout allait bien, mais durant une période j'ai été prise d'une grosse angoisse... avant de passer la barrière justement, car soit on la passe, soit on fait demi-tour pour rentrer chez soi. Finalement, je me suis dit que j'avais beaucoup de chance, il ne faut pas être ingrat avec la vie. C'est sans doute le prix à payer! Je me suis souvenue de cette phrase d'Oscar Wilde, que j'aime bien, même si elle est extrêmement misogyne: "Une femme moderne trouve un nouveau scandale aussi charmant qu'un nouveau chapeau et aère les deux au parc tous les après-midi." Elle convient assez bien aux médisants du métier, non?»



